VINGT MILLE LIEUES SOUS LE CANAL


VINGT MILLE LIEUES SOUS LE CANAL

Le cœur à l’ouvrage et le vague à l’âme, je déambulais le matin du 8 janvier, sur les bords du Canal St Martin.

Les profondeurs révélées donnaient à cette journée bien plus de mélancolie encore, que peut en contenir seul un jour de janvier. Centré sur mes réflexes cognitifs, j’étais à vingt mille lieues de penser ce que mes yeux allaient découvrir.

Remontant le quai de Jemmapes, j’aperçus dans les entrailles déchiquetées du canal des objets témoignant de la vie qu’abritaient jadis ces quais. Résonnent encore ici et là des accords de guitare, le poc du bouchon des bouteilles de rosé, le pchittt des canettes, le tchik du décapsuleur, le cling des verres qui s’entrechoquent. Des odeurs aussi, celle que diffusent les salades d’été mélangées au tabac. Telle est ici l’ambiance d’un soir d’été. Forte et imperturbable, le souffle de vie d’une jeunesse qui s’adonne sans mesure aux plaisirs festifs.CanalStMartin-velib-mouette

Et puis …

La nuit s’avance. Les pas s’alourdissent à mesure que les bruits résonnent.

Des jeux prennent alors vie, qui le lendemain n’auront aucun sens. Seul le goût amer de la honte mélangée au relans de bière reviendra dans les esprits.

Ces jeux disais-je, sorte d’expérimentation scientifique, consistent pour les uns à tester la qualité pneumatique des vélos, et l’on aperçoit ici ou là, un homme debout, prêt à tenter la traversée rive gauche – rive droite perché sur la selle de son Vélib. Un ami non moins ingénieux et tout aussi hilare, ne manquera pas alors de se positionner dans le panier avant de la monture.

D’autres, dans un élan épique, se souviendront plutôt d’Obélix affrontant les 12 travaux et portant à bout de bras ce « vélo-menhir » pour rivaliser avec le camarade qui avait fait choir le sien à moins d’un mètre de la rive.

Et puis ….

Une image d’avril 1997 me revint en mémoire, balayant derechef les aventures beuveresques de bobos titi parisiens. Après avoir trainé mes guêtres d’adolescent sur les pavés du centre Beaubourg, je me retrouvais face à cette voiture compressée, sortie de la casse, peinturlurée et exposée fièrement. Cette rencontre du troisième type avec l’art contemporain, reprend tout son sens, alors que sous mes yeux, jailli de la vase, le panier d’un « vélo-déco ». Peut-être que se dessinait là, aux abords du quai de Jemmapes, devant l’hôtel du Nord, ce vendredi 8 janvier 2016 à 9h du matin, l’œuvre d’art du futur.

CanalStMartin-velib-panier

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